dans Etudiants, EVAN, Master 2

Troubles | Copenhague

« Toutes les bassesses humaines se dissimulent derrière le puritanisme d’une société impeccable »

  • « Ailleurs » : Le fjord de Roskilde & le hameau de Herringløse
  • Le paysage discret : L’hydrographie, le relief d’un territoire plat.
  • La marge : reconsidérer un territoire délaissé et l’imaginaire social de la psychiatrie.
  • Le fjord : Centre psychiatrique fermé & centre chorégraphique
  • Le hameau : Centre psychiatrique ouvert & lombricultureimages

1/ La figure du finger plan altérée

 

Le Grand Copenhague s’est développé selon un plan d’urbanisation efficace, reconnu à l’échelle européenne, mais qui aujourd’hui ne permet plus de contenir l’expansion de ce territoire péri-urbain.. Les terres agricoles, laissées à visée récréative, deviennent vulnérables, progressivement mitées. Le projet se concentre sur celles qui semblent les plus préservées, en lien avec le fjord de Roskilde. Espace ouvert mais peu pratiqué, espace préservé mais peu accessible, espace oublié mais à vingt minutes de Copenhague, autant de paradoxes qui forgent l’identité singulière de ce territoire.

 

2/ Prendre soin du territoire, l’eau comme figure structurante

 

Le fjord de Roskilde est aujourd’hui méconnu des danois, oubliées au bénéfices des berges bétonnée de la capitale danoise. Cette pauvre attractivité est d’autant plus compromise par le statut ambigu des berges, quasiment privatisées. Pourtant, Copenhague révèle ici un endroit calme et apaisant, regroupant tous les attributs d’un arrière-pays digne du futur second littoral du Grand Copenhague. Singulier, le fjord de Roskilde se démarque de l’imaginaire commun. Dépourvu de relief, cette étendue d’eau relève d’un « fjord » par son eau saumâtre, rencontre de l’eau salée de la mer du Nord et de l’eau douce des ruisseaux.

L’intérêt de l’eau ne se résume pas à celles contenues dans le fjord, mais à l’emprise qu’elle a dans le territoire. Là où le réseau routier a été l’axe structurant du développement urbain danois, le réseau de l’eau a été celui de ce territoire ouvert. Le réseau hydrographique, entre eaux profondes, eaux troubles, eaux claires et eaux artificielles dessinent un axe structurant, constituant le relief de ce territoire plat.

 

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3/ Prendre soin de l’Homme

 

L’ensemble de ces initiatives témoignent de l’attention portée au territoire. Cette ambition tend à s’élargir vers celle des individus, en surface si semblables et parfaits, et pourtant si uniques et rongés par la vie. Ainsi, prendre soin de l’individu ne peut-il pas être l’enjeu de ce territoire discret, loin de l’effervescence urbaine ? Le projet questionne « la tyrannie du court terme » actuelle, où l’accélération incessante vient comprimer celle de l’expérience humaine.

Le territoire étudié se dresse alors comme un milieu d’accueil opportun pour des personnes souhaitant ou devant se détacher de ce rythme de vie calibré dans l’instantané. Cette recherche sur la norme sociale associée à celle du bien être nous conduit à nous intéresser au champs thérapeutique et en particulier à celui du domaine psychiatrique.

Loin de vouloir isoler ce programme de la société et les personnes s’y rapportant, le projet a pour ambition de reconsidérer l’imaginaire social de ce domaine, souvent diabolisé. L’hôpital, véritable lieu public, doit tendre vers « l’hospitalité » dans laquelle il prend racine.

 


CENTRE PSYCHIATRIQUE FERMÉ & CENTRE CHORÉGRAPHIQUE

  • Centre psychiatrique : 80 patients
  • Centre chorégraphique : 40 danseurs en formation, 1 compagnie permanente

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Pensé à l’échelle du Grand Copenhague, le projet situé sur les berges du fjord de Roskilde associe un service psychiatrique pour patients lourdement malades, à un centre chorégraphique où évoluent des danseurs en formation et une compagnie. Alors que les gestes amples, réfléchis, obstinés et méticuleux des danseurs font écho aux pathologies comportementales des patients, les caractéristiques naturelles du site – la houle de l’eau, le vent du littoral – et sa structure végétale convoquent l’imaginaire du mouvement. Allongée et fine, la forme du bâtiment suggère l’idée de projection vers le fjord. L’ascension vers ce paysage thérapeutique est matérialisée par une rampe longeant la façade sud de l’édifice. Ce ruban de béton s’étire depuis l’espace public du rez-de-chaussée jusqu’à la toiture terrasse, point de contemplation et de cohabitation ultime. Véritable ballade entre paysage extérieur et paysage intérieur, cette rampe publique est le symbole de la fusion entre hôpital psychiatrique et centre chorégraphique. Dessiné comme une superposition de cinq niveaux aux schémas structurels variables, l’édifice se compose de trois plans « libres » et de trois plans « pleins » alternés. Caractérisés par leur circulation périphérique, les plans libres sont parcourus par les danseurs et le public. Correspondant aux trois services de psychiatrie, les plans « pleins » sont rythmés par une trame transversale où se nichent divers espaces, aux dimensions plus facilement appropriables par les patients. Accessible grâce à une seconde rampe spécifique à l’hôpital, La toiture-terrasse devient l’espace extérieur des patients, profitant d’un rapport privilégié avec le paysage environnant.

 

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CENTRE PSYCHIATRIQUE OUVERT & PÔLE ENFANT

LOMBRICULTURE

  • Centre psychiatrique : 40 patients adultes, 26 patients enfants
  • Lombriculture : 15 personnes

Le second programme se situe à la fin de la figure parcellaire agricole si spécifique à ce territoire, en forme de rouage. Elle est à une position charnière entre une zone protégée caractérisée par une constellation d’eaux et un hameau, situation opportune pour devenir le futur parc accessible à tous et entretenir le lien entre les patients et la société.

Le service psychiatrique ouvert comprenant un pôle enfant est hybridé à une lombriculture. Ainsi, les patients sont intégrés au processus de revalorisation du territoire, participant à l’enrichissement du sol en réintégrant des lombrics dans les terres avoisinantes. Parallèlement, cette production amène une réponse à la dépollution des cours d’eau. Agriculteurs, jardiniers, pêcheurs, travailleurs et patients deviennent chacun partenaire d’une nouvelle filière locale.

 

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Le site naît de l’exploitation d’une carrière de calcaire aujourd’hui recouverte par les eaux. L’imaginaire de la carrière se situe alors au fondement du projet. Le bâtiment est imaginé selon un processus de soustraction dans la masse, de creusés. A partir d’un bloc de béton cubique, la première extrusion est celle de la cour, élément spatial redondant dans l’organisation des fermes agricoles environnantes. Cette extrusion scinde la masse en deux pour générer une dynamique vers le lac, où se situe également la piscine publique intérieure et l’accès à la baignade au lac en saison estivale. A chaque extrusion, la matérialité du béton est de plus en plus lissée, sans aspérité, si bien que le processus du creusement se lit dans la granulométrie du béton de site coulé sur place. Le processus d’extrusion permet de déceler différents sols ; un sol conservé, un sol construit, et un sol qui par son creusement vient à retrouver la matière végétale ou l’eau.

 

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H. Hénault, C. Perrin, F. Raboisson, C. Sarrazin